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La Collection Le savoir suisse innove. Elle met
à
la disposition de ses lecteurs des applications
“nomades”
privilégiant une
lecture participative de ses ouvrages, grâce à
un partenariat avec
OZWE.
Les bookapps sont des “livres-applications” pour
iPhone et iPad. Ils sont surlignables, annotables, enrichissables. Sur
chaque page, des commentaires peuvent être ajoutés
et partagés entre les lecteurs. Une nouvelle
manière de lire ensemble.
L'ACTUALITE DU SAVOIR SUISSE
TRIBUNE DE GENEVE - ENVIRONNEMENT
30.04.2012 à 16:43
Intrus dans la nature
Par Caroline Zuercher
Ses grappes de fleurs jaunes ont séduit Louis XIV. La verge
d’or du Canada a été
importée des prairies américaines au XVIIe
siècle, et son charme n’a pas séduit
que les rois. Au XXe siècle, cette plante ornementale est
apparue dans les jardins familiaux. De là, elle a
essaimé de façon spectaculaire. Mais ne vous
laissez pas berner par sa beauté! Des chercheurs zurichois
ont découvert que ce végétal
sécrète par ses racines une substance chimique
inhibant la croissance des autres végétaux.
Ses grappes de fleurs jaunes ont séduit Louis XIV. La verge
d’or du Canada a été
importée des prairies américaines au XVIIe
siècle, et son charme n’a pas séduit
que les rois. Au XXe siècle, cette plante ornementale est
apparue dans les jardins familiaux. De là, elle a
essaimé de façon spectaculaire. Mais ne vous
laissez pas berner par sa beauté! Des chercheurs zurichois
ont découvert que ce végétal
sécrète par ses racines une substance chimique
inhibant la croissance des autres végétaux. Un
cauchemar qui, en Suisse, menace des espèces rares, comme
l’œillet superbe ou la gentiane des marais.
Des vilaines plantes et des sales bestioles, il y en a
d’autres. Selon des données
récoltées par des scientifiques de
l’Union européenne de 2005 à 2008, la
Suisse accueille 857 espèces non
indigènes, sur un total de quelque 50 000. Un
nouvel ouvrage de la collection Le savoir suisse, Espèces
invasives*, leur est consacré. L’occasion de se
pencher sur ce problème qui croît avec
l’augmentation des échanges et le
réchauffement climatique.
La faute à l’homme…
Selon un rapport publié en 2006 par l’Office
fédéral de l’environnement (OFEV), 35
des 37 vertébrés exotiques établis en
Suisse ont été introduits
délibérément. Des animaux ont par
exemple été lâchés pour
«améliorer» le butin des chasseurs,
comme les cerfs sika d’Asie, ou pour récolter de
la fourrure sauvage.
C’est aussi pour augmenter les prises que des poissons ont
été introduits dans nos cours d’eau.
Telle la truite arc-en-ciel, originaire d’Amérique
du Nord, qui s’attaque aux poissons indigènes,
amphibiens et autres invertébrés. Ou les
écrevisses américaines, importées
à des fins d’élevage, mais qui se sont
échappées. Or, ces crustacés sont
porteurs résistants d’une peste qui
décime les indigènes.
Et puis, il y a les animaux de compagnie relâchés
dans la nature. C’est fou, le nombre d’aquariums
qui tombent par accident dans les étangs! Là, la
grande vedette est le poisson rouge, qui se nourrit
d’œufs, larves, têtards et insectes et
accélère l’extinction des
espèces locales.
Même topo pour les végétaux. 75% de
ceux qui colonisent la Suisse étaient à
l’origine des plantes ornementales qui se sont
échappées sous forme de semences, par les
déchets ou le transport de terre. Autre exemple, le cerisier
tardif. A la fin du XIXe siècle, les Européens
ont voulu l’utiliser dans les exploitations
forestières. Or, il ne développe pas de tronc,
mais un fourré dense qui empêche la repousse
d’autres espèces. Depuis plus de
cinquante ans, on essaie de l’éradiquer.
… pas toujours volontairement
A la décharge de l’homme, il faut dire que ces
disséminations ne sont pas toujours volontaires! Certains
animaux s’échappent des volières et
autres parcs. Pour l’anecdote, la ville de Cologne
(Allemagne) recense 5000 perruches issues de six individus
échappés du jardin zoologique en 1967! En Suisse,
plusieurs tadornes casarca, un canard venant d’Asie,
d’Afrique du Nord et d’Europe du Sud-Est, ont fui
la captivité. Désormais, l’animal se
trouve un peu partout et menace d’autres espèces.
La plupart des invertébrés ont
été introduits accidentellement en Suisse. Des
passagers clandestins – araignées, fourmis,
coléoptères, blattes – voyagent dans
les containers. Certains se développent même en
suivant les grands axes de communication. En vingt-cinq ans,
la mineuse du marronnier, un papillon, s’est ainsi
étendue des Balkans à toute l’Europe en
prenant les camions, son autonomie de vol étant probablement
inférieure à 100 mètres.
L’araignée zodarion rubidum s’est
disséminée des Pyrénées
à tout le continent en utilisant les trains de
marchandises.
Le contrôle de 67 avions arrivés à
Londres de pays tropicaux a révélé la
présence de moustiques dans douze cas. Les bateaux
transportent aussi divers organismes sur leur coque. Surtout, ils
déplacent de grandes quantités d’eau
sous forme de ballast. Plusieurs milliards de mètres cubes
sont échangés chaque année entre les
continents, et plus de 4000 espèces y ont
été inventoriées. C’est
ainsi que la moule zébrée a voyagé de
la région des mers Noire et Caspienne à
l’Europe et aux lacs nord-américains. En Suisse,
elle a colonisé lacs et canaux, au point de former plusieurs
épaisseurs au fond de l’eau et
d’empêcher la reproduction d’autres
espèces.
Conséquences nuisibles
Les bêtes en tout genre se déplacent aussi avec le
bois, les plantes en pots et les graines pour oiseaux. Sans oublier les
semences contaminées! En Europe, elles seraient responsables
de près d’un quart des nouvelles introductions et,
au niveau mondial, plus de 1000 espèces se
déplaceraient ainsi, détruisant 20% des
récoltes.
«Les gens doivent prendre conscience qu’aucune
espèce ne peut être
confinée», plaide René Longet, expert
en développement durable et responsable du secteur Nature et
environnement au sein de la collection Le Savoir suisse.
«Certaines plantes sont jolies, mais dangereuses pour la
biodiversité: il faut donc passer de l’aspect
esthétique à l’aspect
génétique.»
Volontaires ou pas, ces migrations modifient les
écosystèmes et nuisent aux indigènes.
A l’échelle mondiale, on estime que,
jusqu’à présent, plusieurs centaines
d’espèces ont été
exterminées par des congénères venus
d’ailleurs.
Les nouveaux venus prennent le territoire ou la nourriture des anciens,
quand ils ne leur refilent pas des maladies et des parasites.
L’écureuil gris américain,
relâché à la base en Grande-Bretagne et
en Italie, élimine par exemple son parent
européen en lui transmettant le virus variolique. Dans
certains cas, les espèces se reproduisent entre elles,
donnant naissance à des hybrides. De tels amours existent
entre l’érismature rousse (un canard
américain) et l’érismature à
tête blanche, de souche européenne,
entraînant la disparition de la seconde.
De façon générale, les maladies se
déplacent avec les espèces. Et touchent
également les hommes. Les plantes piquent, les fourmis
mordent, les abeilles et autres guêpes deviennent plus
agressives. La blatte germanique, installée de longue date
en Suisse, pourrait même transmettre à
l’homme les bactéries du charbon, de la
tuberculose et des salmonelles! Sans oublier le potentiel
allergène des nouveaux venus. Ainsi, l’ambroisie
élevée (ou ambroisie à feuilles
d’armoise), venue d’Amérique du Nord,
provoque des allergies dix fois plus agressives que les pollens
d’autres arbres et graminées.
* «Espèces invasives», Wolfgang Nentwig,
Collection Le savoir suisse, Presses polytechniques et universitaires
romandes.